Plus que jamais installé au pouvoir du Tour après son succès dans le chrono lundi, Bradley Wiggins a conforté son statut d’homme à battre. Même s’il reste prudent, le Britannique est soulagé d’avoir bien négocié cette première moitié de Grande Boucle. 

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Cette fois, tout s’est bien passé. Après son coup de sang qui lui avait valu de quitter la conférence de presse dès la première question après avoir vidé sa colère contre ceux qui insinuaient sur Twitter que Sky humait le dopage, Bradley Wiggins est resté calme et poli. Il faut dire qu’après avoir signé la première victoire de sa carrière (à 32 ans) sur le Tour lors du contre-la-montre de Besançon, le plus que jamais maillot jaune du Tour avait toutes les raisons d’être content. Au terme de la première séquence majeure du Tour, avec les deux étapes de moyenne montagne ce week-end et le chrono de Besançon, il est confortablement installé au sommet. “C’est sûr, il y a un soulagement“, a-t-il concédé.

Derrière les apparences, Wiggins avoue avoir passé quelques heures compliquées à gérer. Il le savait, il lui fallait frapper fort. Pas tant pour la victoire d’étape (“même si c’est fantastique de gagner, ce n’était pas l’objectif, je n’ai jamais pensé à ça lundi“, assure-t-il) que pour la course au maillot jaune.

Sur son terrain, le leader de Sky avait besoin de prendre ses distances. “Les deux derniers jours avant le chrono ont été difficiles, surtout dimanche et vous ne savez jamais comment vous allez récupérer, a-t-il confié. Il faut aussi savoir gérer ses émotions et ce n’est pas évident quand on prend le maillot jaune pour la première fois. La nuit suivante, je n’ai pas très bien dormi à cause de la charge émotionnelle. En même temps, c’est aussi pour ça que j’aime le cyclisme.” Sur la foi de sa performance bisontine, on peut affirmer que Wiggins a bien digéré son premier week-end jaune.

 

D’ailleurs, l’Anglais a rapidement compris que cette journée serait bonne pour lui. “Dès le premier coup de pédale à l’échauffement, je me suis senti super bien et j’ai su que c’était bon“, révèle-t-il. D’où son soulagement et son apaisement, loin de la montée en régime de dimanche soir à Porrentruy devant les journalistes. A ce sujet, Wiggins a assuré qu’il ne “regrettait rien“. “Je suis comme ça, c’est mon amour du cyclisme qui me fait parler comme ça“, dit-il. Mais à ceux qui le soupçonnent, à ceux qui doutent, il oppose son acharnement à la tâche. “Pendant le chrono, raconte le maillot jaune, j’avais Sean Yates qui me parlait dans l’oreillette. Il me disait ‘pense à toutes ces heures de travail, à tous ces sacrifices, c’est pour ça que tu as fait tout ça’. Ça m’a motivé. J’ai raté les anniversaires de mes enfants en étant loin lors des camps d’entrainement, mais ça paie.”

Ça paie tellement que l’ami Wiggo a gentiment fait le ménage. Son dauphin, Cadel Evans, est relégué quasiment à deux minutes. Vincenzo Nibali est à 2’23”. Tous les autres naviguent déjà au-delà des trois minutes. Au moins. Avec la perspective d’un dernier chrono à Chartres de plus de 50 kilomètres, sa marge de manoeuvre est même virtuellement beaucoup plus importante. Finalement, c’est à se demander si Chris Froome, son propre coéquipier et compatriote, n’est pas son principal adversaire. Deuxième du chrono à 35 secondes de Wiggins, Froome est désormais troisième du général, à un peu plus de deux minutes. Un scénario un peu similaire à celui de la Vuelta l’an dernier. Sky avait longtemps joué la carte Wiggins avant que Froome ne le supplante en troisième semaine pour terminer à la deuxième place, sur les talons de Juan Jose Cobo.

Mais le Tour n’est pas la Vuelta. Et Froome n’est pas Wiggins. Il n’y aura pas de guerre interne. Wiggo a été clair à ce sujet. “On verra ce qui se passe. L’idée est de le garder en position le plus longtemps possible. On ne s’attendait pas à se retrouver à deux de l’équipe dans les trois premiers. On verra si on essaie d’aller à Paris en montant sur le podium ou s’il faut sacrifier Chris.” Une façon de tuer dans l’oeuf les éventuelles ambitions de son équipier. Juste au cas où.

Si Froome n’est pas une menace directe, que peut bien craindre Wiggins? Ce dernier l’assure, le Tour n’est évidemment pas joué.

Il reste encore tellement de temps avant d’arriver à Paris, rappelle-t-il. Je peux connaitre un mauvais jour, ou une chute.” On notera que, dans les dangers potentiels pour lui, Wiggins évoque une propre faillite de sa part ou un coup du sort extérieur.

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