Bradley Wiggins a donc remporté ce 99e Tour de France. Une nouvelle grande première, un an après le sacre historique d’un Australien, puisque jamais un coureur britannique n’avait triomphé à Paris. Wiggins a écrasé la saison des courses par étapes. Gagner Paris-Nice, le  Romandie, le Dauphiné et le Tour dans une même saison, c’est ahurissant. Parcours sur le patient anglais.

L’ancien fêtard « alcoolique » a bien changé pour réaliser son rêve d’enfant  : remporter le Tour, à 32 ans.

L’ancien fêtard « alcoolique » a bien changé pour réaliser son rêve d’enfant  : remporter le Tour, à 32 ans.

L’homme qui a posé en jaune dimanche à Paris avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, était prédestiné. Quand on naît à Gand, célèbre dans le cyclisme pour son vélodrome et ses Six Jours, dont son père Garry était un spécialiste, le chemin était en quelque sorte balisé. La trajectoire de Bradley Wiggins pour devenir le premier Britannique à remporter le Tour de France ne fut cependant pas la ligne droite qu’il se plaît à avaler avec ses mollets de rouleur. S’il a connu un très court passage en Belgique au début de sa vie, «Wiggo» est un sujet de sa Majesté.

«Il avait un esprit fêtard assez développé», livre Gérard Guillaume, sans trahir de secret. Le médecin de l’équipe FDJ-Big Mat se rappelle par exemple une partie de football en salle, lors d’un stage à Auxerre, «où il n’y avait pas que le ballon qui était rond».

«Avant j’étais alcoolique», a révélé durant ce Tour, hilare, le Maillot jaune, «adepte de l’humour british, à la fois discret et déconneur», comme l’a connu David Moncoutié chez Cofidis. «Il était difficile à localiser. Il partait toujours par monts et par vaux. Lorsqu’on le convoquait pour une course, on se demandait s’il serait bien au départ», raconte Gérard Guillaume, qui évoque «un garçon charmant» avec lequel il «échange toujours un mot quand on se croise».

Puis, Wiggins a «changé de vie», «mûri», après avoir fait le tour de la piste qui lui conféra ses premières heures de gloire. Double champion olympique de poursuite individuelle (2004, 2008), ce qui lui vaut d’être commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, il s’est mis en tête de gagner le Tour de France, «un rêve d’enfant», via une importante transformation physique (amaigrissement de onze kilos). Sa 23e place en 2010, un an après avoir terminé au pied du podium, fut une humiliation. Un déclic aussi. «Ce qui m’a frappé chez lui, ce sont les échecs qu’il a incroyablement mal vécus. Sa fracture de la clavicule l’année dernière a également décuplé sa motivation, c’est absolument sûr et certain», observe Christian Prudhomme. David Millar appuie : «Il a un mental phénoménal. Lorsqu’il a un objectif, il met tout le professionnalisme nécessaire pour l’atteindre.»

Féru d’histoire, Wiggins a un rapport au cyclisme qui va au-delà du simple fait de lui «faire gagner de l’argent».

L’importance qu’il attache à ce sport égale au moins sa collection de guitares et scooters. Lorsqu’il s’est emparé des commandes pour la première fois à La Planche des Belles Filles, il a cité spontanément Tom Simpson, premier Britannique porteur du maillot jaune en 1962 et disparu cinq années plus tard sur les pentes du Ventoux, victime du dopage.

Le dopage, il en a été question à quasiment chacune des conférences de presse d’un homme qui atteint la forme de sa vie à 32 ans. « Je ne suis qu’un gamin de Londres doué pour le vélo et qui a fait de sa passion son métier, s’excusait au départ Wiggins, avant de se fâcher jeudi. J’ai du mal à avaler de devoir tout le temps me justifier. Ce que j’ai démontré pendant trois semaines sur ce Tour de France, depuis le début de saison à l’Algarve, Paris-Nice, en Romandie, au Dauphiné, ce n’est rien ? Plutôt que de me poser toujours des questions négatives, on devrait plutôt me dire : “bon boulot Brad, félicitations pour ta victoire” ». C’est désormais chose faite depuis ce dimanche 22 juillet 2012.

 

 

 

 

 

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